tout doucement par le beau temps, par le calme de l'après-midi, par la tendresse dont je suis entourée.
Envie de déposer les armes, non pas comme une vaincue, mais juste pour une trêve.
Envie de me reposer, de laisser filer la journée sans programme établi.

Est-ce dû au nouveau traitement, ou est-ce le début de la sagesse ?

Je crois que je commence à accepter la maladie, à ne plus me battre dans le vide, mais simplement à vivre le quotidien le moins mal possible. Le nouveau traitement y est certainement pour quelque chose. J'ai maintenant du Tramadol en diffusion lente, la douleur est supportable, je n'ai plus cet espèce de coup derrière la tête que produisent les opioides classiques, mais je baigne dans un état ralenti que je dois accepter. Le début de la sagesse... non plus faire pour être, mais être  pour faire.

Jusqu'à cette maladie, j'ai passé ma vie à courir après le temps, à être toujours dans l'action. J'ai cumulé les activités : familiales, professionnelles, associatives, en trouvant le temps, en plus, de coudre, de jouer de la musique, d'écrire. J'ai milité, me suis investie dans des causes que je crois toujours justes mais dont je me suis retirée. Je dormais peu, ma maison était toujours ouverte aux amis, à la famille. J'ai imaginé, organisé, réalisé des évènements, que ce soient des activités pour les enfants ou des actions culturelles. J'ai retroussé plus d'une fois mes manches pour venir en aide.

La vie m'a rendu au centuple ce que j'ai donné. J'ai eu une vie heureuse. La maladie m'a obligé à changer. Peut-être qu'il était temps, tout compte fait. Ces derniers mois, j'ai beaucoup réfléchi, beaucoup analysé, beaucoup discuté avec mes proches. Ils m'ont aidé à y voir plus clair et à faire du tri. Quand on sait ce qui importe, ce qu'on veut préserver avant tout, on reprend sa vie en main. Je ne peux plus faire comme avant. Je dois abandonner ce rythme fou qui a été le mien si longtemps. Je dois faire autrement, vivre autrement.

Merci, mes proches que j'aime, de m'avoir tant aidée, de m'avoir portée à bout de bras quand je n'étais pas assez solide pour tenir debout. Merci de m'avoir montré qu'une vie différente peut aussi être une belle vie.

Et aujourd'hui, me direz-vous ? Eh bien, je suis malade, et gravement ; ma vie a complètement changé, et je crois que j'ai changé aussi. Mais j'ai toujours une vie heureuse.

à bientôt