Au fil de ma polynévrite, je me suis désespérée de ne plus pouvoir jouer du piano. J'ai commencé à neuf ans, dans ce qui était à l'époque une école de musique, qui est maintenant un conservatoire. . Un an de solfège puis, récompense du premier examen réussi, l'étude de cet instrument. Entre le piano et moi, ça a été tout de suite une histoire d'amour.

Vers quinze ou seize ans, j'ai eu un coup de foudre pour les pré-classiques. Le baroque n'était pas encore à la mode, on commençait tout juste à en parler, à redécouvrir des compositeurs comme les Couperin, comme Dandrieu, comme Rameau et à les dépoussiérer. Ils étaient joués, certes, mais un peu comme on fait un exercice un peu difficile, pour la technique et non pour la beauté musicale. Les enregistrement étaient encore rares, parfois interprétés au piano et non au clavecin, avec force nuances et legato, presque d'une façon romantique ce qui, évidemment, dénaturait complètement ces oeuvres ciselées tout en finesse. C'est une passion qui ne m'a pas quittée pendant près de trente-cinq ans !

J'ai beaucoup déménagé avant de me fixer à Lyon. Mon vieux piano droit a pas mal souffert. J'y tiens parce qu'il est chargé d'histoire, parce qu'il est chargé d'amour, aussi. C'était un cadeau de ma Grand-Mère pour mes dix ans. Je l'ai toujours, mais j'en ai eu marre de le faire régulièrement ré-accorder, aussi je me suis offert, pour mes 42 ans, un piano électronique avec un excellent son de clavecin et un toucher différent pour le son piano et le son clavecin. Un vrai bonheur, cet instrument !

Et puis donc, la maladie. Les doigts qui perdent de la souplesse et de la force. La main qui devient douloureuse au bout de dix minutes, les morceaux que j'ai joués et aimés tout juste massacrés (et encore, quand je peux aller jusqu'au bout..).

Le voilà donc, mon joyeux compagnon qui est devenu une vraie souffrance :

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Il devenait silencieux. Il ne vivait plus. Mon fils, qui a pris des cours d'orgue (le vrai, celui à tuyaux) quand il était petit, avait envie de se remettre un peu à ce instrument. Il louchait depuis un moment sur mon piano, et j'avais décidé de le lui donner : il avait envie de le faire revivre et lui avait même fait de la place chez lui.

Aujourd'hui, c'est fait. Le piano est parti vers d'autres aventures, la page est tournée. Ce n'est pas une bonne chose que de pleurer sur le passé. Je me ferai plaisir en écoutant d'autres jouer les compositeurs que j'aime tant.

Autre avantage, cela me fait de la place dans la maintenant célèbre "pièce du fond" dont l'aménagement avance d'un coup.

Avant de vous quitter, je vous propose de lire ci-dessous le premier post de la journée.. avec une énigme, si si !

à demain