Une carte postale
Maryline, du blog "2 3 7 soleil", lance un défi que je trouve sympa et m'empresse de relever. Il s'agit de présenter une carte postale (ancienne éventuellement) qui illustre un souvenir d'enfance, de vacances, etc..
Sur un site de vente entre autres de cartes postales (LIEN), j'ai trouvé cette carte qui me rappelle un évènement d'adolescence (ou début de la vie adulte ?) quand j'étais étudiante à Paris.
J'étais allée me promener aux Puces de Saint Ouen, seule pour mieux savourer mon plaisir de faire des kilomètres à pied et m'arrêter où bon me semblait. Mon regard s'était arrêté sur le stand d'un marchand de cartes postales anciennes, choses qui à l'époque ne m'intéressaient pas du tout, et je m'étais approchée. Les cartes étaient rangées dans des boîtes, regroupées par évènement ou par lieu. Juste devant moi se trouvait la boîte du département de la Manche, les cartes séparées par des intercalaires portant des noms de villes. Sans vraiment chercher, je trouvai Pontorson. C'est la ville dont est originaire la famille de ma mère. Pontorson près du Mont Saint Michel, arrosée par le Couesnon, ce fleuve large comme une petite rivière qui, dit-on, a mis le Mont en Normandie.
Les cartes étaient nombreuses. Je n'en feuilletai que quelques unes et ma main tira de la boîte une carte ressemblant à celle-ci :
Des lavandières sur le Couesnon. Amusée, je l'achetai. Je me souviens que le vendeur me proposa de me faire un prix si j'en achetais davantage. Je refusai, ne voulant que cette carte.
En rentrant à Cherbourg quelques temps après, je racontai mes flâneries à ma grand mère et mes parents, et offris fièrement ma trouvaille à Maman. Ma mère et ma grand mère changèrent de couleur, retenant leur souffle. Les larmes montèrent à leurs yeux : parmi les lavandières, debout, regardant bien droit l'objectif, il y avait mon arrière grand mère.
C'était là certainement une des rares photos de mon arrière grand mère vers trente cinq ans. Son mari mort à la guerre de 14, elle n'avait pas voulu que ses enfants vivent de la charité publique et, n'ayant appris aucun métier comme souvent les filles à cette époque, avait travaillé comme lavandière. Elle avait ainsi pu payer un apprentissage à chacun de ses trois enfants, deux filles et un garçon. Ma grand mère avait appris le métier de couturière, et surtout avait grandi en entendant sa mère lui répéter qu'une fille doit avoir un métier, doit pouvoir subvenir à ses besoins et ceux de ses enfants.
Je ne sais toujours pas pourquoi ma main est allée vers cette carte. Je n'avais jamais vu le visage de mon ailleule. Je n'aurais jamais imaginé la trouver sur une carte postale ! Ma mère l'a faite refaire pour l'offrir à son frère, et a soigneusement encadré l'original. Souvent, j'ai regardé de près cette photo qui présente une femme debout, volontaire, à l'allure décidée, mon arrière grand mère, qui a refusé la pauvreté et a retroussé ses manches afin que ses enfants aient un avenir meilleur..
à bientôt